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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 10:55

 Papa je t’écris une lettre, que tu liras peut être vu que tu as tout ton temps depuis que tu es au ciel. Je dis au ciel par distance poétique vu que le ciel tu n’y croyais pas mais tu regardais quand même pour savoir si il allait pleuvoir, si il allait faire beau, si c’était le moment de partir à la pèche ou au jardin, si c’était le moment de sortir la quatrelle du garage et pousser jusqu’à Granville et admirer la tempête transformer l’ordinaire en spectacle  envoutant quand les éléments se déchainent  et rendent lyriques le quotidien.

Papa je me souviens qu’un soir en 1965 en revenant de la gare où tu travaillais,  et où tu avais tes copains, tu avais placardé sur la maison l’affiche de Mitterrand, « Un président jeune pour une France moderne ». Tu voulais clairement, ostensiblement, afficher tes idées de gauche,  dans le village bas normand conservateur et gaulliste ou nous habitions. Moi cela ne me plaisait pas tellement, si la jeunesse est audacieuse, l’enfance est assujettie. Le lendemain matin la nuit portant conseil et dissipant les vapeurs révolutionnaires, tu avais retiré l’affiche, maman était soulagée, moi aussi. Papa je me souviens qu’en 1969 tu étais énervé, le choix entre Alain Poher et Georges Pompidou te rendait maussade. Je me souviens que tu répétais la formule de Jacques Duclos, « bonnet blanc et blanc bonnet » et qu’au dépouillement tu avais eu des mots avec la dame catéchèse chez qui j’allais tous les jeudis après-midi. Papa je me souviens encore de mon embarras. Je me souviens qu’en 1974 bien sûr tu n’étais pas giscardien mais que tu avais du respect pour l’homme de Chamalieres que tu jugé intelligent. Toi orphelin de mère et fils de garde barrière,  tu te sentais une sorte de proximité presque complice avec le descendant de Louis XV sous prétexte que comme toi il était né en 1926 et que par conséquent tu pouvais l’appeler « la classe ». Ta profession de foi cependant n’avait pas changé, tes convictions étaient intactes, tu annonçais ta couleur, «il faut toujours voter rouge » disais tu parce que « ça rosit toujours ». Je me souviens que Georges Marchais te faisais rire et te vengeait. Papa je me souviens de la joie en 1981 que j’ai partagé avec toi, je me souviens que les lendemains qui chantent ont chanté moins fort, je me souviens que le Grand Soir ne faisait plus le poids devant les petits matins de la rigueur économique. Papa je voulais te dire que le candidat pour qui tu aurais surement voté au premier tour avait obtenu plus de 11%, il a appelé à voter pour le socialiste pour le second tour sans rien demander en échange. La formule a particulièrement surpris l’affairiste  artiste dramatique Bernard Tapie pour qui la simple idée de ne rien demander en échange doit sembler ahurissante. Oui papa Bernard Tapie est toujours là, comme la rougeole et la tuberculose qui elles aussi sont revenues. Moi je suis monté dans l’ascenseur social que tu rêvais de me voir emprunter, même si ton émission culte c’était les grosses têtes de Philipe Bouvard tu serais surement fier de m’entendre parler ce matin sur France Inter. Le socialiste est bien placé pour le second tour mais Le Pen a une fille, sous le pont Mirabeau coule toujours la scène mais désormais la joie semble venir en même temps que la peine. Je t’embrasse papa, si au paradis des cheminots tu vois un nuage bien en vue, tu peux placarder dessus «Un président jeune pour une France moderne »,  maintenant je ne serai plus gêné, je serai même fier de toi. Je t’embrasse papa, donne nous du courage.

François Morel, France Inter le 27 avril 2012

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